Les prix et concours d'architecture ont besoin d'images. Ces images sont produites par des auteur·ices photographes professionnel·les. Elles constituent la matière première de la communication des organisateurs.
Pourtant, il est devenu courant que les règlements exigent des candidat·es qu'ils et elles garantissent gratuitement les droits nécessaires à cette communication.
Il faut nommer ce que cette pratique est réellement : l'exploitation d'une asymétrie. L'organisateur sait que l'architecte veut candidater. Il en profite pour transférer vers lui/elle - et vers le/la photographe - le coût, le risque et la responsabilité d'usages dont il tire le bénéfice.
Cette asymétrie a une conséquence rarement évoquée : elle pénalise les candidat·es qui ont le moins de moyens. Négocier des droits larges a un coût. Les agences les mieux dotées peuvent l'assumer ; les autres sont désavantagées. Des concours censés valoriser la qualité architecturale conditionnent la participation à la possibilité pour l'organisateur d'utiliser les photographies gratuitement.
Les organisateurs avancent souvent un argument en retour : la participation offre de la visibilité. Mais il faut regarder à qui profite réellement cette visibilité. Les images des projets primés servent à promouvoir une filière, à valoriser des produits, des partenaires institutionnels ou commerciaux, à alimenter des médias. La visibilité offerte au/à la candidat·e est secondaire. La valeur économique extraite des images est bien plus substantielle - et rarement nommée.
Toute opération de communication suppose un budget. On y prévoit l'impression, la conception graphique, le développement web, la location d'espaces, le traiteur ou le champagne. Les droits photographiques font partie de ces postes - au même titre que les autres. Ce n'est pas aux nominé·es et aux lauréat·es d'en assumer le coût.
Or les photographes tirent leurs revenus de l'utilisation de leurs images. C'est leur modèle économique. Chaque cession gratuite obtenue sous couvert de règlement de concours l'érode un peu plus. Ces pratiques se généralisent. Elles mettent en péril la viabilité d'une profession entière.
Respecter le droit d'auteur ne consiste pas à obtenir gratuitement des autorisations. Cela consiste à reconnaître que l'utilisation d'une photographie a une valeur - et que cette valeur doit être assumée par les organisateurs.